Afghanistan: et après?
L' Otan pourrait se retirer, mission accomplie, en tant que Force internationale en ne demeurant conseil et ami que si on lui demande, par exemple dans le cadre du partenariat pour la Paix, ce qui de plus rendrait possible et vraisemblable l'entrée d'un Afghanistan nouveau dans le Grand Jeu.
Jean-Jacques Curiel dans le dernier numéro de France Alliance Atlantique analyse avec pertinence les raisons que la France a de persévérer sans arrières pensées ni réticences mais avec lucidité et maîtrise de soi-même dans notre engagement sur le théâtre de guerre afghan.
Rien à ajouter.
Sur un autre plan ou plutôt dans une autre perspectif, d'une conversation avec un ami américain de Paris mais bien informé en direct de ses amis proches des têtes pensantes du Pentagone, je retiens ceci: les généraux David Petraeus et Stanley McChrystal, à qui le président Obama a confié la mission de ne pas perdre la guerre dont il a hérité et qu'il n'aime pas, fonctionnent désormais dans le cadre d'une stratégie de long terme plus révolutionnaire qu'on ne le croit. Il est certain qu'ils utiliseront le renfort d'effectifs ( plus de dix fois la totalité du contingent français) a rendre possible et efficace radicale des tactiques et des techniques de conduite de guerre selon des schémas intégrant les enseignements du théoricien David Galula que tout officier de Est Point doit lire – et ce que l'on sait moins, s'inspirant des conclusions tirées par Jean Lartéguy de ses années en d'Indochine.
L'idée de manoeuvre est, parallèlement à cette évolution dont le but n'est pas la pacification à tout prix mais l'affaiblissement réel de l'ennemi, de mener en même temps et en accélérant le rythme, de redoubler d'efforts dans la mise sur pieds d'une véritable armée afghane, sûre d'elle même, fortement équipée, consciente de son devoir, et fiable., ce qui n'est pas le cas actuellement.
Mais après?
Comme le but ultime affiché n'est plus de gagner la guerre en battant complètement l'ennemi, il faut aborder le non dit pour imaginer la suite.
L'une des circonstances nouvelles qui peuvent se présenter à l'issue des nombreux mois – sinon plus – qu'il faudra pour aboutir à une situation radicalement nouvelle, est que le gouvernement afghan ne se révèle pas encore suffisamment solide et épuré ( au moins partiellement) pour que l'Otan – c'est à dire essentiellement Petraeus et McChrystal - juge que le transfert de l'armée afghane à l'actuel gouvernement ou son successeur présente le risque mortel de ne pas avoir la force de faire face à cette fonction de souveraineté...
On peut donc imaginer que l'Armée, forte d'une confiance en elle même péniblement acquise mais réelle, prenne en mains au besoin avec vigueur la conduite d'un Etat renouvelé qui pourrait, sans se sentir contraint par le passé récent, rétablir l'essentiel des structures ancestrales qui subsistent plus qu'on ne le dit et qui trouveraient leur intérêt à jouer ouvertement un rôle dans un Bat unitaire mais plus proches des vues de Massoud ou des usages de l'ancien royaume, que d'une démocratie de type occidental totalement inadaptable à la géographie, à l'histoire et aux modes de vie d'un pays que personne jamais n'a réussi à soumettre.
Dès lors on peut supposer que dans cette hypothèse, qui à ce stade n'engage personne à rien, l' Otan pourrait se retirer, mission accompli, en tant que Force internationale en ne demeurant conseil et ami que si on lui demande, par exemple dans le cadre du partenariat pour la Paix, ce qui de plus rendrait possible et vraisemblable l'entrée d'un Afghanistan nouveau dans le Grand Jeu.





