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Asymétrie - retour aux sources ?

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Nous avions réfléchi, dans la perspective du sommet OTAN de Lisbonne des 19 et 20 novembre à quelques clés utiles à la compréhension des conclusions de la rencontre.

Asymétrie - retour aux sources ?

Lisbonne

Sans amour propre d'auteur excessif, nous constatons que ces quelques idées et précisions étaient pertinentes. Nous y revenons donc plus loin.

 La conférence de presse tenue par le Président Sarkozy à la fin de la réunion a tout dit des aspects politiques et / ou relevant de la grande stratégie, comme aussi de la vue française - du projet de bouclier anti-missiles à l'égard duquel l'évolution possible de la Russie constitue un facteur, positif et, peut être, déterminant.

 Tout cela dit, il n'est peut être pas superflu d'apporter quelques précisions dont peu d'analystes, semblent-t-il, ont fait état.

 L'équilibre des forces, comme toujours, a été et demeurera le principal sinon la seule réalité ultime et déterminante des positions des uns et des autres. Les mois écoulés ont vu des évolutions notables dans les rapports entre puissances nucléaires et, de manière indirecte, pays extra européens susceptibles d'accéder ou seulement tourmentés par l'envie d'accéder à une force nucléaire opérationnelle crédible.

 La présence du Président Medvedev à Lisbonne était il y a peu encore absolument inimaginable. Sans que rien de nouveau n'ait jusqu'à présent été vraiment formalisé dans le domaine nucléaire stratégique, on peut prévoir que la Russie trouvera désormais intérêt à entrer dans un débat avec les occidentaux sur le dossier bouclier anti-missiles comme sur les voies et moyens possibles d'une approche paisible de ce vieux sujet de discorde, très éloignée de la position systématiquement négative qui était la sienne depuis les débuts de l'affaire. La France en ce domaine assouplit la réserve à laquelle s'est tenue jusqu'à présent tout en maintenant ses exigences de lucidité et de prudence.

 

Utile rappel avant une nouvelle phase dans le grand jeu géostratégique : la course aux armements nucléaires a commencé le jour d'Hiroshima et n'a, depuis, pas cessé. Elle se poursuit évidemment mais plus subtilement.

 

Au stade où nous en sommes, le relatif équilibre quantitatif entre les Etats-Unis et la Russie reflète l'efficacité bénéfique mais méconnue des accords qui ont permis, en vingt ans, de diviser par presque 10 les stocks cumulés d'engins russes et américains, ramenés de plus de 80 000 au total, chiffre absolument terrifiant, à respectivement 8 000 et 5 000, étiage sinon totalement satisfaisant du moins preuve que la machinerie a fonctionné et que la poursuite du processus de réduction planifiée est crédible.

 Relatif équilibre, désormais sans la terreur, mais susceptible d'être éventuellement conforté par des projets communs de boucliers.

 Parfait.

 Et la France ?

 La participation de la France à la planification nucléaire dans l'OTAN n'a été évoqué qu' «en passant», au moment de la réintégration mais, semble t-il, sans qu'aucune des parties réellement concernées n'ait eu, dans le moment, l'intention d'aller plus loin. Le Comité des plans nucléaires de l'OTAN  demeurera, selon toute vraisemblance, un objet vaguement identifié mais de nature plus décorative que réelle. Pour dire les choses crûment, les deux seules puissances nucléaires occidentales, disposant d'une force nationale de dissuasion entièrement crédible sont les Etats-Unis et la France. La Force nucléaire anglaise, qui existe et n'est en soi pas du tout négligeable, se trouve en réalité insérée dans un ensemble de conditions d'emploi où les Etats-Unis disposent d'une sorte de codécision. Pour autant, les perspectives de coopération nucléaire franco-anglaises ne peuvent qu'être considérées avec satisfaction par ceux qui n'oublient pas l'esprit de Saint-Malo ou, un peu plus en arrière dans le temps, les tragédies guerrières vécues ensembles dans la défense de la liberté en Europe.

 Certes, notre capacité autonome de frappe- terre et mer - en l'état -  n'est que de l'ordre de 300 engins, force répartie entre vecteurs différenciés portée d'une part par les sous-marins nucléaires -SNLE -composante structurée de telle sorte qu'à tout moment un navire au moins soit à la mer et, d'autre part, par la composante aérienne.

 Depuis l'arrêt définitif des essais, le dispositif de simulation, porté par une puissance de calcul colossale et originale - Laser megajoule - assure le maintien à niveau de l'arsenal par les capacités de passage du virtuel au réel. L'ensemble diversifié mais cohérent confère sa crédibilité au dispositif défensif d'ensemble.

 A ce stade, la France, qui dispose du second domaine maritime du monde, en est donc la troisième puissance nucléaire occidentale, puissance affichée ostensiblement, sans menacer qui que ce soit et qui s'inscrit, mutatis mutandis, dans le concept de niveau de suffisance assurant une dissuasion crédible du faible au fort, défini en son temps par le Général de Gaulle et théorisée par le général Beaufre. A la notion de faible au fort on serait tenté d'ajouter «du sage au fou».

 Le Président de la République a rappelé lors de la conférence de presse du 20 novembre, en termes paisibles mais catégoriques, que la Force nucléaire française n'est structurellement ni fonctionnellement en rien engagée dans le cadre strict de l'Alliance Atlantique, ni plus mais ni moins, que ce n'est pas le cas pour les Etats-Unis.

 Un engagement concret de la Grande Bretagne dans cet équilibre est souhaitable, souhaité, et possible.

 Il n'en demeure pas moins que la capacité purement dissuasive et défensive française, en l'état, constitue un facteur positif incontournable de grande stratégie pour les dirigeants de l'Alliance – et pour les pays amis.

 Ou pas amis.

 Il n'y a donc des choses qui vont sans dire, et qui vont mieux en les disant, avec mesure mais avec clarté.

 François Moreau de Balasy

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