Outils personnels
Vous êtes ici : Accueil Actualités De l'OTAN à l'occident - AFCA « France-Alliance atlantique »

De l'OTAN à l'occident - AFCA « France-Alliance atlantique »

— Mots-clés associés : , , , , , ,

Dans le discours d'une partie des acteurs du monde de la défense, l'OTAN est parfois perçue comme une simple alliance militaire vouée à jouer un rôle résiduel. Voire. Depuis la victoire de l' « Ouest » sur le soviéto-communisme, les Alliés mènent avec continuité l'aggiornamento des structures de commandement et de forces de l'OTAN. Sur le plan politique, au sens le plus substantiel du terme, il est bon de rappeler que le Traité de Washington du 4 avril 1949 n'instituait pas une simple alliance mais une communauté de sécurité entre les Etats signataires. De surcroît, le préambule du traité constitue une véritable profession de foi politique et civilisationnelle. Pour les Etats alliés comme pour le monde extérieur, l'Alliance atlantique est la principale expression politique et militaire des solidarités géopolitiques occidentales. A l'heure où la globalisation de l'OTAN soulève bien des questions, il est bon de s'interroger aussi sur le devenir de l'Occident en tant que système de relations préférentielles, ensemble cohérent et représentation géopolitique.

De l'OTAN à l'occident - AFCA « France-Alliance atlantique »

Le porte-avions Dwightet

Plus qu'un ensemble territorial géographiquement défini et délimité, l'Occident est une certaine représentation de soi fondée sur un projet de conquête ou de reconquête. Une notion polaire qui appelle son contraire : « East is East and West is West » (Rudyard Kipling). L'histoire de longue durée montre que l'idée d'Occident  constitue un dernier recours face à une menace d'envergure, en situation de détresse. Au début du XXe siècle, cette idée est insuffisamment vivace pour contenir les conflits internes au « concert des puissances » et lier fraternellement Européens et Nord-Américains. Les Etats-Unis privilégient alors l'« hémisphère occidental ». Face à l'avancée de l'Armée rouge jusqu'au cœur de l'Europe, le recours au concept d'Occident s'impose. Il fonde la stratégie d'endiguement et la mise en œuvre de l'atlantisme. Depuis et selon certains observateurs, la fin de la Guerre froide et la disparition de l'URSS auraient frappé d'obsolescence le concept d'Occident, la communauté atlantique étant victime d'une « dérive des continents ». Les menaces asymétriques, l'effervescence du monde arabo-musulman, la montée en puissance de la Chine et les remous de la géopolitique altaïque sont pourtant susceptibles de conférer sens et puissance au sentiment d'appartenance à la communauté de civilisation occidentale.

Nombre d'analyses et d'exercices de prospective renvoient au déclin du monde occidental et à la fragilité des sociétés libérales, précaires et entourées de haines. Aussi ancienne que l'œuvre d'Hésiode, cette réflexion en termes de décadence est l'aiguillon qui pousse les hommes et les sociétés à se maintenir dans le fleuve du vivant. Au XXe siècle, l'historien britannique Arnold Toynbee aura été l'un des principaux représentants de cette école de pensée1 . Dans la philosophie que la longue pratique de l'histoire lui a inspirée, les heurts internes entre nations et Etats d'une même aire culturelle débouchent sur une grande guerre destructrice au terme de laquelle la civilisation en situation de détresse se mue en une structure impériale qu'il nomme « Etat universel ». Pour affronter les périphéries belliqueuses et le prolétariat extérieur qui se rue sur son limes, l'« Etat universel » recourt à la force et à la contrainte. La civilisation ainsi transformée y perd en séduction mais sa militarisation s'impose pour faire face à l'animosité des éléments extérieurs. Au sortir de la nouvelle « guerre de trente ans » qui vient d'ensanglanter le XXe siècle, de 1914 à 1945, Arnold Toynbee applique sa grille de lecture de l'histoire du monde occidental. Le  constat d'une rupture d'équilibre entre les capacités d'action des Occidentaux sur le monde extérieur d'une part et l'effondrement de leurs vertus intellectuelles et spirituelles d'autre part conduit l'historien britannique à s'interroger sur le terme à venir du cycle occidental2. Cette réflexion prend aujourd'hui toute son actualité.

Le retour dans l'Histoire du monde colonial et semi-colonial donne la mesure des défis à relever. Les Occidentaux sont aujourd'hui confrontés à l'affirmation de puissances porteuses d'autres valeurs de civilisation - la Chine et l'Inde en tout premier lieu - ainsi qu'à la poussée polémogène de forces perturbatrices moyen-orientales. Le constat d'existence d'une communauté de civilisation occidentale et les convergences d'intérêts - ce qui unit Européens et Nord-Américains est plus fort que ce qui les sépare - s'imposent. La chose n'implique pas nécessairement la formation d'un nouvel « Etat universel » mais elle met en perspective la raison d'être de l'OTAN, leur instrument militaire commun. Quelles en sont les possibles évolutions ? Dans l'Ancien Monde, l'avenir envisagé est celui d'un partenariat Union européenne - Etats-Unis, moteur d'une alliance transatlantique bilatérale reposant sur deux piliers. L'idée est séduisante mais elle a ses limites. Les déséquilibres de puissance entre les deux rives de l'Atlantique, l'incapacité de l'Union européenne à se muer en un acteur global unifié et l'unilatéralisme des Etats-Unis ne jouent pas en ce sens. Selon toute probabilité, l'OTAN demeurera un ensemble fragilisé par le « gap transatlantique » et dépendant du leadership américain. Les faiblesses des alliés européens hypothèquent le futur de l'Alliance atlantique et le destin de l'Occident. Elles frappent aussi de vacuité tout projet de puissance européen.

Cette brève réflexion sur l'impuissance européenne et le déclin de l'Occident ne saurait justifier un quiétisme mal compris. Les phénomènes de décadence sont des réalités historiques et ne relèvent pas d'implacables cycles cosmiques ; en dernière analyse, le sort de nos peuples et de nos nations dépend des décisions qui sont prises « hic et nunc ». Cette théorie ondulatoire et circonstancielle de la décadence laisse donc toute sa place à la virtus des hommes. Elle a pour fonction de rappeler qu'aucune instance - OTAN ou Union européenne -  ne peut pallier le défaut de substance. Que les Européens renouent avec l'élan vital et l'énergie créatrice qui ont porté le génie de l'Occident et le reste leur sera donné de surcroît.

 

Jean-Sylvestre Mongrenier

 

Chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Paris VIII)

Chercheur associé à l'Institut Thomas More

1 Cf. Arnold Toynbee, L'Histoire, Bordas, 1985.

2 Cf. Arnold Toynbee, La civilisation à l'épreuve, Gallimard, 1951.

 

Actions sur le document
Actualités
News Item Ecrivains combattants
Le 26 novembre 2011, l'Association Nationale des Ecrivains Combattants - véritable institutions sociale et culturelle depuis les années 20 - a organisé sa vente annuelle dans les salons du Gouverneur Militaire de Paris aux Invalides. 11/02/2012
News Item Mladic : boucle bouclée ?
Le cycle infernal des révélations , des poursuites et des châtiments des crimes contre l’humanité perpétrés en Europe pendant trois quarts de siècle est il achevé avec l’arrestation de Mladic . ? Non ,ce serait trop facile . Mais oui , parce que , des coupables , Mladic était le dernier « grand assasin » sur la liste 06/06/2011
News Item Asymétrie - retour aux sources ?
Nous avions réfléchi, dans la perspective du sommet OTAN de Lisbonne des 19 et 20 novembre à quelques clés utiles à la compréhension des conclusions de la rencontre. 07/12/2010
News Item La coopération interalliée en matière d'équipement et d'armement
Entretien avec l'ingénieur général Jean-René Le Goff, conseiller armement auprès des représentations de la France à l'OTAN et à l'Union européenne. Ancien élève de l'Ecole polytechnique, ancien auditeur du CHEM et de l' HIEDN, Jean-René Le Goff a exercé des fonctions de direction de programme à la DGA puis a été en poste diplomatique en Grande-Bretagne et en Allemagne avant d'être sous-chef d' État-Major « programmes » de la Marine Nationale. 10/03/2010
News Item Un cauchemar français
François Moreau de Balasy, Président d'honneur de l'AFCA, a déjà écrit et publié plusieurs ouvrages assez différents les uns des autres, soit écrits par lui-même soit par des auteurs hautement qualifiés, la plupart traitant de problèmes relatifs à la sécurité et à la Défense. Deux de ces livres ont d'ailleurs obtenu le prix Vauban décerné par l'institut des Hautes Études de Défense Nationale. Il publiera prochainement "Un cauchemar français". 27/02/2010
Plus d'actualités…