Outils personnels
Vous êtes ici : Accueil Actualités Interview de Jean Fournet, Secrétaire Général Adjoint de l’OTAN Chargé de la Diplomatie Publique

Interview de Jean Fournet, Secrétaire Général Adjoint de l’OTAN Chargé de la Diplomatie Publique

— Mots-clés associés : , , ,

Jean Fournet est Secrétaire Général Adjoint de l’OTAN en charge de la Diplomatie Publique. C’est le poste de rang le plus élevé tenu par un compatriote au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. France Alliance Atlantique l’a interviewé pour ses lecteurs.

Interview de Jean Fournet, Secrétaire Général Adjoint de l’OTAN Chargé de la Diplomatie Publique

Jean Fournet - Secrétaire Général Adjoint de l’OTAN Chargé de la Diplomatie Publique

FAA - Monsieur Fournet, vous êtes Secrétaire Général Adjoint de l’OTAN. Qu’est-ce que cela veut dire exactement ?

Jean FOURNET - L’Alliance Atlantique est une alliance de sécurité collective entre 26 Etats souverains.  Pour son fonctionnement elle s’appuie sur une Organisation civile et militaire, l’OTAN, avec à sa tête un Secrétaire général qui est aussi président du Conseil de l’Atlantique Nord.
Pour ses activités civiles, le Secrétaire général travaille avec six Secrétaires Généraux Adjoints, chacun placé à la tête d’une division spécifique (affaires politiques et de sécurité, politique de défense et planification, opérations, investissements de défense, gestion exécutive et diplomatie publique). Je suis celui qui dirige la division de Diplomatie Publique.

FAA - Est-ce fréquent qu’il y ait un Secrétaire Général Adjoint français ?

JF - De 1952 à 1967 c’était un Secrétaire Générale Adjoint français qui avait la charge des affaires économiques et financières.  Puis du fait de la position générale de notre pays et de restructuration de l’organisation il fallut attendre 1980 pour voir réapparaître un Français à ce niveau.
Depuis lors tous mes prédécesseurs ont été chargés des activités scientifiques et de l’environnement ; c’est d’ailleurs pour occuper d’abord cette charge que j’ai moi-même rejoint l’OTAN début 2001.  Bien qu’un peu marginal par rapport au rôle et aux activités traditionnels de l’Alliance, ce poste présentait un caractère politique important en permettant de développer des liens de coopération entre les communautés scientifiques des pays membres puis, ultérieurement, avec les communautés scientifiques des pays qui étaient anciennement dans la mouvance ou sous la domination de l’Union Soviétique.
La réforme du Secrétariat international, décidée au Sommet de Prague fin 2002, a vu la création des six nouvelles divisions. Celle de la Diplomatie publique résulte du regroupement des bureaux d’Information et de la Presse avec ceux des affaires scientifiques et environnementales.
Et voilà pourquoi, aujourd’hui, un Français se retrouve en charge de la communication de l’OTAN !

FAA - Bravo, mais n’est-ce pas un peu le mariage de la carpe et du lapin ?

JF - Pour dire les choses franchement, ce fut ma première réaction lorsque j’ai appris la nouvelle. Mais, vous savez, l’OTAN, est une organisation fondée sur le consensus et, d’arbitrages en compromis, le résultat des négociations n’est pas toujours aussi lisible et logique que le souhaiterait un esprit cartésien
Cela étant dit, après trois années de fonctionnement je constate que nous avons réussi à bâtir une division cohérente et efficace en développant au maximum les synergies entre nos différentes activités.  C’est particulièrement vrai pour nos relations avec les pays du Partenariat1 et avec ceux de Dialogue Méditerranéen2.

FAA - Que recouvre cette expression de Diplomatie Publique ?

JF - Le concept de la Diplomatie publique (Public Diplomacy) est d’origine anglo-saxonne.  Il s’agissait initialement d’aider les grandes institutions publiques et privées à mieux informer les opinions publiques sur leur objectifs et activités et de rechercher leur soutien actif ou passif.
A l’OTAN nous définissons la Diplomatie publique comme «l’ensemble des moyens utilisés pour informer, communiquer et coopérer avec le plus grand nombre d’auditoires cibles de la société civile afin d’élever leur niveau de connaissance et de compréhension relatives à l’OTAN, ses politiques et ses activités en vue de développer la confiance dans l’Alliance et le soutien a son action ».
En bref, il s’agit de développer une activité de dialogue et de réseaux: expliquer mais aussi écouter; informer mais aussi s’informer; accueillir des groupes mais aussi aller à leur rencontre dans leur environnement de travail; être aussi transparent que possible en matière de sécurité.
A l’évidence notre diplomatie publique doit venir en soutien des activités politico-militaires de nos collègues engagés dans leur travail de contact avec les autorités gouvernementales. Mais, plus encore, nous devons développer un rôle politique propre vis-à-vis des groupes d’influence de la société civile.

FAA -  Quels sont vos messages ?

JF -Vaste question qui appelle des réponses différentiées selon les pays, les auditoires, les circonstances.
Parle-t-on de sécurité ?  Alors le niveau de dialogue dépendra largement du niveau d’expertise des interlocuteurs : convaincre les leaders d’opinion que la sécurité n’est pas un acquis et qu’il faut se tenir prêt à toute éventualité, ou discuter entre experts des meilleurs moyens de faire face aux nouveaux défis.
Parle-t-on de l’OTAN ?  Alors on mettra l’accent sur le rôle irremplaçable de l’Alliance comme organisation transatlantique de sécurité collective et sur sa robustesse en même temps que sur sa souplesse pour s’adapter dans ses politiques et son organisation aux évolutions de la menace ; et on le fera avec des exemples concrets : les opérations au Kosovo et en Afghanistan, la « transformation » de l’organisation, la lutte collective contre le terrorisme, les coopérations concrètes y compris avec les anciens adversaires, le dialogue politique, etc.

FAA - Et vos moyens d’action ?

JF -Quand les messages-clés sont communément agréés par les nations membres notre travail consiste à faire du « sur-mesure». Pour chaque pays, en fonction de sa culture et de son histoire, nous travaillons avec les officiels présents à Bruxelles pour définir des activités spécifiques et 
ciblées dans le cadre d’un Plan d’Action annuel pour la Diplomatie Publique approuvé par le Conseil.
Le choix des auditoires est essentiel: responsables politiques ou gouvernementaux, spécialistes de la communication et des média, universitaires, groupes d’influence, cercles de réflexion, organisations non-gouvernementales, hommes d’affaires, responsables des communautés religieuses, jeunes générations, etc. 
Les réunions de Chefs d’Etat ou de Ministres structurent bien évidemment le calendrier des événements.  Ainsi en 2006 nos activités seront aimantées par le sommet de Riga en novembre.  Conférences et séminaires, visites de groupes au siège de l’OTAN, missions d’information à l’étranger, journées ou semaines OTAN, universités d’été sont des occasions uniques de dialogue.
De nombreuses publications générales ou thématiques sont apparues sur les sujets d’actualité tels que: «L’OTAN transformée», «Instaurer la paix et la stabilité dans les régions en crises », «Combattre le terrorisme en mer»; la Revue de l’OTAN est ouverte aux échanges d’opinions entre experts et à ce titre elle est un élément important du dialogue intellectuel de sécurité. Un site web moderne et de grande qualité délivre quotidiennement les informations sur l’Alliance et ses activités (textes, audios, vidéos) tout en étant un outil pratique de dialogue. Il est accessible au www.nato.int.
Ma politique est de mettre l’accent sur la qualité bien plus que sur la quantité afin d’acquérir une meilleure visibilité et une plus grande crédibilité dans le débat public sur la sécurité. C’est aussi de travailler davantage avec les jeunes générations, celles qui n’ont connu la guerre froide que de nom, et d’engager le dialogue avec les dirigeants de demain, en allant les rencontrer là où ils se forment : dans les universités, les grandes écoles, les académies militaires.

FAA - Quel rôle voyez-vous pour l’ATA et ses chapitres nationaux dans votre programme ?

JF - L’ATA, au sens large, a un rôle important à jouer dans la Diplomatie Publique de l’OTAN. D’une part parce que cette association regroupe des hommes et des femmes d’influence, passionnés de sécurité et attachés à la permanence du lien transatlantique. D’autre part parce que ses objectifs actuels sont dans presque tous les pays définis en étroite coordination avec mes équipes: promouvoir les messages de l’OTAN et susciter l’adhésion du public aux objectifs de l’Alliance; éduquer et informer les leaders d’opinion sur les questions de sécurité et la transformation de l’OTAN; développer le dialogue avec les jeunes générations.

Actions sur le document
Actualités
News Item Ecrivains combattants
Le 26 novembre 2011, l'Association Nationale des Ecrivains Combattants - véritable institutions sociale et culturelle depuis les années 20 - a organisé sa vente annuelle dans les salons du Gouverneur Militaire de Paris aux Invalides. 11/02/2012
News Item Mladic : boucle bouclée ?
Le cycle infernal des révélations , des poursuites et des châtiments des crimes contre l’humanité perpétrés en Europe pendant trois quarts de siècle est il achevé avec l’arrestation de Mladic . ? Non ,ce serait trop facile . Mais oui , parce que , des coupables , Mladic était le dernier « grand assasin » sur la liste 06/06/2011
News Item Asymétrie - retour aux sources ?
Nous avions réfléchi, dans la perspective du sommet OTAN de Lisbonne des 19 et 20 novembre à quelques clés utiles à la compréhension des conclusions de la rencontre. 07/12/2010
News Item La coopération interalliée en matière d'équipement et d'armement
Entretien avec l'ingénieur général Jean-René Le Goff, conseiller armement auprès des représentations de la France à l'OTAN et à l'Union européenne. Ancien élève de l'Ecole polytechnique, ancien auditeur du CHEM et de l' HIEDN, Jean-René Le Goff a exercé des fonctions de direction de programme à la DGA puis a été en poste diplomatique en Grande-Bretagne et en Allemagne avant d'être sous-chef d' État-Major « programmes » de la Marine Nationale. 10/03/2010
News Item Un cauchemar français
François Moreau de Balasy, Président d'honneur de l'AFCA, a déjà écrit et publié plusieurs ouvrages assez différents les uns des autres, soit écrits par lui-même soit par des auteurs hautement qualifiés, la plupart traitant de problèmes relatifs à la sécurité et à la Défense. Deux de ces livres ont d'ailleurs obtenu le prix Vauban décerné par l'institut des Hautes Études de Défense Nationale. Il publiera prochainement "Un cauchemar français". 27/02/2010
Plus d'actualités…