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L’Organisation de coopération de Shanghai

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C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu l’article Claude-Gérard Marcus (France Alliance Atlantique, n°4, janvier-février 2006) rendant compte des analyses de Michel Gurfinkiel sur le “grand jeu” et l’Organisation de sécurité de Shanghai (Valeurs actuelles n° 3606, 6 janvier 2006). Ces contributions ont le grand mérite de rompre avec le conformisme de bien des analyses stratégiques franco-françaises. Suivant de près l’évolution des choses dans cette vaste aire géopolitique “altaïque”, je souhaiterais apporter quelques précisions sur l’OCS.

L’Organisation de coopération de Shanghai

Organisation de la coopération de Shanghai

L’histoire de l’OCS commence en 1996, avec la signature par la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan ( le groupe des “cinq”) d’un traité de réduction des troupes le long des frontières, afin d’y désamorcer la tension entre la Chine et les Etats d’Asie centrale, y compris dans le domaine nucléaire. Comparer l’OCS et l’OTAN donne à penser qu’une énorme puissance militaire et économique serait en train de naître aux portes de l’Occident. Outre les républiques d’Asie centrale, l’OCS comporte deux grands pays, la Russie et la Chine, dont les intérêts ne convergent que partiellement. L’Inde, le Pakistan et l’Iran, qui y bénéficient d’un statut d’observateurs, ont aussi leurs propres tropismes géopolitiques. On voit mal ces puissances rivales et concurrentes accorder leurs politiques étrangères et militaires pour contrer l’OTAN et les Etats-Unis. Certes, la Russie et la Chine coopèrent dans la lutte contre l’islamo-terrorisme mais l’OCS ne dispose pas de structure militaire. Pour la Russie, cette organisation régionale présente l’intérêt de rééquilibrer la puissance chinoise et de contenir sa poussée en Asie centrale. Les discours “anti-hégémoniques” de Moscou et de Pékin et l’appel à un “monde multipolaire” ne doivent pas dissimuler leur profond antagonisme.

Ainsi faut-il relativiser la portée des exercices russo-chinois d’août 2005. En préparant ces manœuvres, Moscou ne s’est pas laissée entraîner par Pékin dans une opposition aux Etats-Unis qui ne servirait pas ses propres intérêts. Les Russes ont refusé que l’exercice se tienne, comme le proposaient les Chinois, dans la province de Zhejiang, en face de Taïwan, par crainte de paraître provoquer Washington et Tokyo. Ils ont préféré la presqu’île de Chandong, bien plus éloignée de la Chine nationaliste.

Au final, ces manœuvres sino-russes impliquent également les autres membres de l’OCS ainsi que l’Inde. Loin de vouloir mettre en place un bloc militaire, il s’agit avant tout d’équilibrer l’influence chinoise par le poids des autres membres et de l’Inde. Enfin, l’OCS a une dimension économique.

A l’instar du Kazakhstan, les républiques d’Asie centrale voient surtout dans cette organisation l’opportunité de se désenclaver et de s’ouvrir des marchés vers la Chine, l’Inde, l’Iran et le Pakistan.

De fait, l’OCS est en passe de devenir un forum dans lequel l’ensemble des pays de la région, à commencer par l’Iran, l’Inde et le Pakistan s’efforcent de coordonner leurs politiques commerciales et énergétiques.

Le 12 juin 2002 à Saint-Pétersbourg., les 6 pays de l’organisation ont d’ailleurs signé une charte de “développement du partenariat économique” qui accorde la priorité aux projets de construction de réseaux de transport, de partage et d’utilisation de l’eau, de production et d’exportation des hydrocarbures. Signalons cependant que Moscou refuse systématiquement la proposition chinoise de former une vaste zone de libre échange, celle-ci étant vue par certains hommes politiques russes comme “clairement destinée à infiltrer les marchés de la Fédération russe”. Primat de l’économie encore lorsque l’ASEAN et l’OCS signent un Mémorandum de coopération dans des domaines aussi variés que le crime transnational, le terrorisme, la protection de l’environnement et le tourisme (Djakarta, le 21 avril 2005).

L’OCS, une “OTAN” eurasiatique? Il serait plus juste devoir en l’Organisation du Traité de Sécurité Collective de la CEI (OTSC), mise sur pied en 2003, le pendant de l’OTAN. Depuis quelques mois, c’est là un des objectifs des autorités russes et ce afin de ne pas laisser seule l’Alliance Atlantique en charge des dossiers afghans et centre-asiatiques. A contrario de l’OCS, l’OTSC est dotée d’outils militaires (forces de réaction rapide, défense anti-aérienne). Actuellement composée de la Russie, de la Biélorussie, de l’Arménie, du Kazakhstan et du Turkménistan, elle pourrait prochainement accueillir l’Ouzbékistan, en froid avec les Etats-Unis et l’OTAN. Rappelons cependant la faiblesse structurelle de l’OTSC. Les systèmes économiques de ses membres restent à réformer, les régimes politiques sont fragiles et les outils militaires ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions affichées

Cyrille Gloaguen

Cyrille Gloaguen  est Chercheur à l’Institut Français de Géopolitique ( Paris VIII ), spécialiste des questions de sécurité et de défense russes et eurasiatiques.

 

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