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La coopération interalliée en matière d'équipement et d'armement

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Entretien avec l'ingénieur général Jean-René Le Goff, conseiller armement auprès des représentations de la France à l'OTAN et à l'Union européenne. Ancien élève de l'Ecole polytechnique, ancien auditeur du CHEM et de l' HIEDN, Jean-René Le Goff a exercé des fonctions de direction de programme à la DGA puis a été en poste diplomatique en Grande-Bretagne et en Allemagne avant d'être sous-chef d' État-Major « programmes » de la Marine Nationale.

Question - Monsieur l'ingénieur général, quel a été l'impact en matière d'armement de la pleine réintégration de la France dans les structures de l'OTAN décidée en 2009 au sommet de Strasbourg-Kehl ?

JRLG - Sur fond de notre participation, cela n'a pas entraîné immédiatement de grands changements, car nous étions déjà très impliqués dans de grands programmes de l'OTAN.
Je pense en particulier aux programmes dans le domaine des SIC (systèmes d'information et de communication) comme l' ACCS, qui mettra en réseau les systèmes nationaux de surveillance aérienne, ou au programme de défense anti-missiles balistiques qui lui est étroitement lié. D'une manière générale, la France est depuis des années très impliquée dans les travaux de l'agence NC3A de l'OTAN dans ce domaine des SIC pour lequel l'interopérabilité est essentielle et les développements,coûteux, doivent être partagés. La participation et la coopération de nos services (je pense notamment au CELAR de Bruz) avec cette agence est très importante.

Le changement le plus visible est d'une part que nous avons gagné en crédibilité vis-à-vis de nos alliés, ce qui conforte notre position dans le clan des pays réformateurs, à l'heure où l'OTAN est confronte à des défis de modernisation (réforme de la gouvernance budgétaire, comme rationalisation des structures et des agences, redynamisation de la conférence des directeurs nationaux d'armement, etc.) Et par ailleurs, cela a sans aucun doute amélioré la qualité de la participation française. L'OTAN  intéresse davantage à  Paris qu'auparavant, nous ouvrons de nouveaux postes, perçus comme davantage porteurs, et cela suscite de bonnes candidatures.

Enfin, la nomination d'un général français (Stéphane Abrial) à la tête du grand commandement ACT (Allied Command Transformation) nous aide à conforter la relation naissante et nécessairee entre ACT et l'agence européenne de défense.

Q. - Vous occupez un poste d'observation privilégié grâce à votre « double casquette » auprès de l'Union européenne comme de l'OTAN. Quelle cohérence voyez-vous entre les efforts menés dans ces deux enceintes ? Et n'y a-t-il pas un risque de dispersion ?

JRLG - Non. Il faut remettre en cause cette idée reçue d'une prétendue duplication entre l'Union européenne et l'OTAN. Elle est d'ailleurs souvent avancée par ceux qui prétendraient freiner les progrès européens. Très schématiquement, et je ne peux pas tout citer ici, à l' OTAN nous participons aux grands programmes de défense collective déjà cités. L'Europe ne fait rien de comparable et le cadre de l'OTAN nous convient. Par ailleurs, toujours dans le domaine des SIC, nous participons activement ainsi que l'industrie française) au déploiement de solutions opérationnelles nécessaires à l'interopérabilité en Afghanistan. Enfin, l'OTAN accomplit un important travail d' élaboration de standards. Nous y participons activement . L'agence européenne de défense connaît ces travaux et veille à être en cohérence avec eux, sans duplication.

La grande spécificité -et la grande chance- de l'Union européenne résident dans son caractère « civilo-militaire » C'est le cas pour l'approche globale des crises : l'Europe s'est donné les structures et les instruments politiques et politico-militaires adaptés. Dans les domaines intéressant plus spécifiquement recherche, industrie, technologie, armement, il faut bien voir d'abord qu'on ne peut tracer dorénavant de frontière entre ce qui est du ressort de la sécurité civile et ce qui est militaire. L'industrie l'a depuis longtemps compris et a vu la part « civile » de ses chiffres d'affaires augmenter. Là par ailleurs, l'Europe est déjà un puissant acteur global en matière civiles : la Commission est forte d'importants budgets de R§T au titre de la sécurité, elle exerce la gouvernance de grands programmes spatiaux GMES  et  GALILEO (certes, programmes civils, mais aux applications importantes  pour la défense), elle est un acteur particulièrement important s'agissant par exemple de la sécurité aux frontières, ou de la surveillance maritime ( police, douanes, pêches, marines...). Enfin, elle exerce avec le Parlement européen un pouvoir réglementaire et législatifs qui affecte de fait le monde de la  défense (par exemple, en, matière de restrictions d'emploi de certaines substances nocives, en matière d'attribution de bandes de fréquence, dans le domaine du droit des marchés publics...) L'OTAN, alliance de défense, n'a aucun rôle dans ces divers domaines.

Bien entendu, il n'en reste pas moins des domaines pour lesquels les préoccupations sont partagées entre l'OTAN  et l' UE (dont une majorité de membres sont communs). Ces domaines sont très minoritaires par rapport à l'essentiel des activités respectives, mais ils sont importants : typiquement, remédier aux lacunes capacitaires les plus criantes (hélicoptères, drones) progresser dans la lutte contre les explosifs improvisés, dans la lutte NRBC, etc. Le dialogue entre l'Agence européenne de défense (AED) et ACT a été établi sur ces bases et est très prometteur.

En résumé, avec l'OTAN et l'Europe, mais aussi avec les autres cadres de coopération bilatéraux ou multilatéraux à quelques-uns -comme l'OCCAR), car on ne peut pas tout mener efficacement avec tout le monde, et si nécessaire en national, nous avons une « boîte à outils » complète qui nous permet de choisir « à la carte » le meilleur cadre pour chaque opération.

Q. - Quels sont selon vous les grands défis que nous devons relever dans les années qui viennent?

J'ai déjà cité le défit d'une meilleure gouvernance de l'OTAN et la nécessité d'y faire aboutir des réformes ambitieuses et courageuses. Ajoutons à cela l'attente du nouveau concept de l'OTAN.
A l'Union européennes, nous voyons les débuts, inévitablement difficiles, de la mise en place progressive du nouveau service européen d'action extérieure et de ses organes.
Sur ces deux théâtres, tout dépendra du volontarisme des pays membres. Il en est de même pour la lancinante question des moyens financiers qui seront consentis en matières
d'investissement et de recherche de défense. Le secrétaire d'Etat Robert Gates vient de le rappeler avec vigueur : trop d'européens se reposent sur l'effort de quelques-uns. Le principal défi pour nous est clairement, à l'UE comme à l'OTAN, d'entraîner nos partenaires à assumer une meilleure part de l'effort collectivement nécessaire. C'est fondamental pour le maintien notamment de notre base industrielle et technologique européenne.

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