La Russie, ses sphères d’influence, séquelles de l’Empire soviétique
Il y a manifestement une tentative d’encerclement énergétique des pays baltes. Cette tentative d’encerclement se confirme dans les directives édictées par l’administration russe. Elle offre des tarifs préférentiels aux transporteurs pour les dérouter vers les ports russes au détriment des itinéraires baltes qui sont manifestement plus courts.
Les relations de la Russie, avec les ex-Républiques de l’URSS devenues indépendantes en 1991, font apparaître un retour de l’arbitraire traditionnel. La pesanteur de l’héritage autoritaire de Yalta n’arrive pas à se dissiper. Le Kremlin restaure les prérogatives impériales en jouant sur les approvisionnements énergétiques essentiels que sont le pétrole et le gaz. Les pays baltes indépendants depuis 1991 apparaissent les souffre-douleur idéaux. La Russie est furieuse de leur adhésion à l’OTAN; en réaction elle a coupé les fournitures de pétrole à la Lettonie en 2004, puis en juillet 2006 à la Lituanie. En ce qui concerne le gaz, une rhétorique agressive s’est manifestée dans sont attitude vis-à-vis de l’Ukraine dès la fin 2005, ainsi que de la Géorgie, l’Azerbaïdjan et même la Biélorussie. Ce durcissement s’est renouvelé fin 2008 face à l’Ukraine avec des conséquences pour l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie. L’invasion de la Géorgie en août 2008 s’est préparée dès après que le rejet d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN fut décidé à la conférence de Bucarest. Encerclement énergétique Il y a manifestement une tentative d’encerclement énergétique des pays baltes, mais on peut évoquer aussi la question de la fiabilité des approvisionnements russes. Or la Russie est le 1er producteur mondial de gaz et le 2ème pour le pétrole dont l’UE dépend pour le quart de ses besoins. Cette tentative d’encerclement se confirme dans les directives édictées par l’administration russe. Elle offre des tarifs préférentiels aux transporteurs pour les dérouter vers les ports russes au détriment des itinéraires baltes qui sont manifestement plus courts. Le futur énergétique de la région est alarmant car la Lituanie a vécu depuis l’indépendance dans une insouciance désarmante. La centrale nucléaire d’Ignalina assurait 75 % des besoins du pays mais exportait aussi vers ses voisins en Lettonie, Biélorussie et dans l’enclave russe de Kaliningrad (ex- Koenigsberg). Ce temps béni arrive à sa fin car Bruxelles exige la fermeture définitive du site à la fin 2009 compte tenu des mesures de sécurité insuffisantes (type RBMK rappelant Tchernobyl). A la fin février 2006, il y a une entente de principe entre les trois pays baltes pour construire une nouvelle usine nucléaire civile d’une capacité de 700 à 1 600 mégawatts. Quelques mois plus tard, le club des Trois voit arriver la Pologne dont les besoins en énergie obligent à doubler les prévisions initiales. Le club des Quatre prévoit de se revoir en juillet 2007 pour un accord définitif. Au jour fixé, le premier ministre polonais ne vient pas, il n’est même pas représenté. Retour à la case départ pour les trois Etats baltes. Le moyen terme est plein d’incertitude mais les années à venir suscitent de nombreuses interrogations pour leur approvisionnement. Solutions alternatives Il apparaît que la nouvelle centrale nucléaire ne pourra voir le jour avant 2016/17. Durant cette période, les solutions alternatives reposent sur le pétrole ou le gaz d’origine russe rendant chaque pays très vulnérable de par son puissant voisin ou encore le fuel ou le charbon qui génèrent beaucoup de pollution et font hurler les écologistes. Le géant Gazprom l’a d’ailleurs bien compris en proposant une telle solution dès juillet 2007 aux Lituaniens. Voilà trois ans que le principe d’une nouvelle centrale nucléaire semblait acquis. La Pologne s’est apparemment retirée ? la Lituanie a nommé un ministre de l’Energie qui a bien du mal à harmoniser la participation du privé et du public. Devant tant d’atermoiements, les deux autres pays baltes semblent avoir perdu toute crédibilité sur ce projet. Ils organisent chacun leur futur énergétique à court et long terme. La Lettonie dispose de deux usines thermiques et trois centres hydro-électriques avec une capacité de 2000 mégawatts, ce qui est insuffisant. C’est pourquoi le premier Ministre (démissionné ) a annoncé la création de deux nouvelles usines de 400 mégawatts chacune, l’une au charbon, l’autre au gaz. L’Estonie, fort dépitée de l’échec avec la Lituanie, a décidé la construction d’un réacteur nucléaire civil de 1000 mégawatts opérationnel en 2025. Le choix de ce petit pays est surprenant compte tenu de l’Investissement. Est-il nécessaire ? En effet, l’Estonie est le seul pays balte à recevoir de l’énergie par un câble sous-marin «Estilnik» provenant de la Finlande avec une capacité de 350 mégawatts depuis 2007. Un supplément de 650 mégawatts est prévu à partir de 2013, ce qui permettra au pays d’arrêter l’exploitation des schistes bitumeux dont elle bénéficie sur son territoire mais avec une contre-partie coûteuse en émission de dioxyde de carbone. Une politique énergétique ne peut être envisagée que sur le long terme. Les solutions alternatives pour passer le moyen terme font appel aux filières traditionnelles fuel-charbon-pétrole-gaz qui comportent un grand danger aux yeux des écologistes mais aussi une grand incertitude si l’on considère la provenance. Le voisin russe est là, incontournable avec le gaz et le pétrole et les moyens de pression qui sont les siens, déjà utilisés à plusieurs reprises depuis 2004. Dans trois ans maintenant, le pipe Nordstream sera installé entre la Russie et l’Allemagne couvrant 1200 kms au fond de la mer Baltique. Il sera inauguré par MM. Poutine et Schröder. Les riverains de la mer Baltique seront-ils invités ? Dans tous les cas, la Pologne et les trois Etats baltes ne verront pas la couleur du gaz, ni les droits de passage sur leur territoire. Vous avez dit encerclement? Dominique Dubarry.





