Le premier demi-siècle de l’AFCA
Si je me demande aujourd’hui pourquoi, démobilisé en 1946, j’ai éprouvé une joie extraordinaire au moment de la signature de l’Alliance Atlantique trois ans plus tard, c’est sans doute parce que je trouvais, à travers ce monument de simplicité qu’est le Traité, la voie ouverte vers la réalisation des buts politiques et idéologiques que nous avions, petits soldats à l’esprit simple que nous étions, adoptés dans la guerre.
Il s’agissait de poursuivre jusqu’à plus soif la libération de nos pays et des peuples oppressés par la cruelle sottise des dictateurs, garder au chaud le sentiment de solidarité qui, en dépit des dissensions réelles ou imaginaires avait fait que les Alliés dans la guerre devaient être des Alliés dans la paix, et éviter par des dispositions claires, réalistes et contraignantes que se reproduisent les mécanismes infernaux qui avaient amené Septembre 1939. (Je ne me doutais pas que, cinquante ans plus tard, je serais à Washington avec une petite délégation de cinq dirigeants de l’A.T.A., invités par le Président Clinton, à célébrer dans le hall même où elle avait eu lieu, la signature du Pacte, ceci au son des trompettes éclatantes des Coast Guards et dans la solennité bon enfant naturelle aux Américains, comme l’avait déjà remarqué le Général Comte de Rochambeau.) Nos buts de guerre privés, après tout, correspondaient à la réalité : il était et il est encore (plus que jamais ?) de l’intérêt permanent de la FRANCE d’être liée par un accord clair comme de l’eau de roche avec des nations qui, basiquement, partagent cette même notion qui est out, sauf internationaliste. Il était bon aussi que l’idée franco-britannique d’une Association interallié se matérialisât dans la création de l’Atlantic Treaty Association, le groupe anglais étant mené par John Epstein. De là est née l’ATA, statutairement paritaire et bilingue ( comme le temps passe…). Les communistes, qui se trompent rarement lorsqu’il s’agit de détecter ceux qui pourront comprendre leurs buts ultimes et donc s’opposer stratégiquement à eux, déclanchèrent rapidement une lutte frénétique contre l’ Alliance ( U.S. Go Home !). L’ AFCA eut alors l’honneur d’être souvent visée ( non sans raison si l’on se remémore l’influence exercée alors par certains de nos travaux). Les gaullistes , Il y eut des hauts des bas et des sinuosités. Le Général? Un jour¸à propos de Cuba, il a dit -et il aurait fait- l’essentiel: dans le moment crucial, il a rappellé que l’Alliance était une machine de guerre fondée sur la solidarité et qu’elle pourrait fonctionner si on l’y forçait. On sait que la leçon a porté. Le reste est épisodique. Voilà. Pendant cinquante ans, l’AFCA, dans son domaine et avec des moyens variables, a maintenu une conception des intérêts permanents de la France dans l’Alliance (1), dans les limites de son action, mais dans la fidélité à ses convictions. (1) “Livre Bleu Atlantique sur les intérêts permanents de la France dans l’Alliance Atlantique”
Il était donc bon qu’en 1954, soit créée une Association Française Atlantique. Ce qui fut fait. Georges Bidault – qui voyait loin - a voulu qu’on ajoutât le mot Communauté. Il a regroupé autour de lui Pleven, Mollet, Pinay et pas mal d’autres de tous bords.
Sans doute, finalement, n’est-ce pas si courant dans la vie politique : une Universitaire française de renom travaille actuellement sur les archives de l’AFCA (2) pour analyser et mettre en valeur les voies et moyens mis en œuvre au cours du temps par notre petit groupe pour faire vivre contre vents et marées une idée, l’idée atlantique, comme facteur de la cohésion nationale et du bien de notre pays.
Président d’Honneur de l’AFCA
livre collectif – édition AFCA, 1986
(2) sauvegardées, non sans peine, en un récent passé





