Pierre-Christian Taittinger et l’Atlantisme
Gaulliste fidèle et tranquille, Pierre-Christian Taittinger ne fut pas des fondateurs de l’Association Française pour la Communauté Atlantique bien que, parmi ceux là plusieurs étaient de ses amis personnels ou politiques. Il entra cependant rapidement au Comité de patronage et devait quelques années plus tard en devenir président puis président actif et attentif.
Nous rassemblons avec amitié les souvenirs que nous garderons des rapports cordiaux et fructueux que nous avons entretenus longtemps avec lui.
Lors de l’assemblée générale de l’ATA organisée à Paris en 1975, Vice-président du Sénat, il avait offert, dans les salons Boffrand, une réception qui laissa un grand souvenir aux hôtes de l’AFCA parmi lesquels plusieurs personnalités italiennes de premier plan qui exprimèrent joyeusement leur appréciation de l’art oratoire de notre Ami.
Brillant Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans le second gouvernement Barre en 1979, il manifesta son soutien à l’AFCA en aidant discrètement au maintien de l’aide que le Premier ministre, ès qualités, assurait à l’AFCA ( placée de facto sous la tutelle du PM) et à l’ATA (Association Internationale du Traité Atlantique) qui, depuis 1954, réunissait la plupart des associations ou comités atlantiques des pays membres de l’Alliance et siégeait à Paris, conformément à la volonté de la France dans les accords fondateurs.
Une tribune à Paris: pendant de nombreuses années, le maire du XVIe arr. de Paris mit à la disposition de l’AFCA non seulement les salons de la mairie mais encore son fichier personnel qui contribua puissamment à la réunion d’audiences dont la quantité et la qualité ne se démentaient pas.
Dans les mêmes temps, il permit à l’AFCA de réunir au Sénat plusieurs séminaires dont certains purent donner lieu à des publications largement diffusées…
Robert Abdesselam qui avait accédé à la présidence de l’AFCA après le décès d’Alfred Coste-Floret était lié d’amitié avec Pierre-Christian Taittinger qui admirait en lui le champion international de tennis, le héros du Corps expéditionnaire Français en Italie et le non moins courageux député d’Alger (qui avait échappé à la mort dans un attentat perpétré en Mai 1960 par un tueur du FLN rue de la Faisanderie ).
Le moment venu, Abdesselam demande à P.C.Taittinger en 1993 de lui succéder, ce qu’il accepta et devait exercer la fonction, jusqu’en Juin 1996. J’ai été amené à travailler directement avec lui pendant ces trois ans en qualité de Vice-président délégué.
De cette collaboration, je garde un souvenir plaisant: vivacité, élégance, intelligence politique, goût et talent du dialogue, courtoisie, soutien sans faille dans les passages parfois problématiques de l’activité d’une institution privée vouée à la défense et illustrations de valeurs morales et politiques à la portée nationale mais selon des voies et moyens qui, par nature, n’étaient pas toujours en phase parfaite avec le gouvernement ou tel ou tel ministre.
Quelques points marquant de cette période aimable: Je l’avais, sans difficultés, convaincu de mener la délégation française à l’AG de l’ATA qui se tenait à Athènes fin 93, à l’invitation de l’Association Grecque pour la Coopération européenne et l’Alliance Atlantique, présidée par Theodossis Georgiou, brillante personnalité et francophile actif qui avait habilement obtenu que le discours d’ouverture fut prononcé par un éminent politicien Turc de nos amis.
Comme il était impossible - ou politiquement risqué - de trouver un délégué turc prêt à assumer le rôle difficile d’un dirigeant turc prêt ex abrupto à explique devant dans la grande salle de l’Etat Major des Armées grecques et un parterre d’officiers généraux grecs des trois Armes les différents aspects de la nécessaire mais inquiète coopération entre les deux pays dans le cadre de l’Alliance, je poussais Georgiou à proposer l’exercice à P.C.Taittinger - que j’avais prévenu et qui improvisa (ou plutôt, fit semblant d’improviser) un discours brillantissime qui fit date et contribua au retentissement de notre Assemblée dans la région.
L’Ambassadeur de France qui assistait officieusement à la réunion me dit à voix basse: «bien joué». Autre circonstance: dans le cours de 1994, le Cabinet du Secrétaire général de l’OTAN organisa sur ma suggestion une rencontre de l’AFCA avec le Secrétaire Général Lord Carrington.
Arrivés à Bruxelles, nous apprenons que ce dernier est appelé sans délai à Washington. Nous sommes alors reçus par le Secrétaire général Délégué, l’Ambassadeur italien Da Ria ce qui donna lieu à un déjeuner au cours duquel ces deux artistes de la diplomatie jouant dans la cours des grands de l’esprit et de la culture firent de leur mieux pour se consoler de l’absence du Maître des lieux.
Séparation «Amabilissima»: un mot glissé vers moi entre deux porte par l’Ambassadeur: «Che signore, questo Presidente…».
Encore: dès 1993, le Professeur Ilios Yannakakis et moi avions conçu un projet visant à réunir à Paris, pendant cinq jours, une quarantaine de délégués représentatifs d’opinions pro atlantiques dans les pays dits PECO ( pays d’Europe centrale et orientale). Le contexte géopolitique, nous semblait rendre urgente cette initiative de notre organisme privé et indépendant mais voué à une sorte de service public. Les éventuels participants exprimaient un véritable enthousiasme à l’idée de se faire conforter dans leurs convictions atlantiques par la France.
Ils ne devaient pas en être déçus: qu’il me suffise de rappeler que l'Amiral Lanxade alors Chef d'Etat Major des Armés, voulut bien consacrer une heure à «faire cours» à une équipe multinationale dont nombre de participants se souviennent encore aujourd'hui.
Seul manquait le premier franc pour agir. J'exposai la situation à François Laumonier, alors Chef de Cabinet de Pierre Beregovoy, Premier ministre qui nous était très favorable.
Je veux rendre ici hommage à la mémoire de Pierre Beregovoy: informé par Laumonier - il nous rejoint dans le bureau de son collaborateur et m'écoute attentivement.
«Vous croyez que c'est vraiment bon ?»
«Oui, Monsieur le Premier ministre, nous pourrons dans ces pays qui,à la porte de l'Europe et de l'aire atlantique, piétinent constituer un réseau d'amis qui n'oublierons pas, au cours de la carrière politique qu'ils se préparent, que nous leur aurons donné une clef française pour décrypter la complexité atlantique et comprendre la position de notre pays dans ce cadre».
Ce qui fut fait quelques mois plus tard en 1994 grâce à l'aide déterminante accordée par Pierre Beregovoy, qui avait projeté de recevoir le groupe à Matignon - mais quittait le pouvoir quelques semaines plus tard.
Pierre-Christian Taittinger hébergea le colloque au Palais du Luxembourg. Il agissait en tant que président de l'AFCA et ouvrit les travaux dans des termes tels que Dobrovsky, ce Chancelier de la présidence de la République Thèque, qui prononça le discours de fond constituant l'une des bases de réflexion du colloque, rendit compte au Président Vaclav Havel en insistant sur l'importance et la portée du discours de Pierre-Christian Taittinger constituant la feuille de route du séminaire. On sait que Havel n'avait pas pour la France les yeux de Chimène, mais il aimait Illios Yannakakis qui avait été un courageux compagnon de résistance.
Il attacha de l'importance à ce qui lui était dit. On peut considérer que ce discours, dans les limites de sa portée, était une manière d'antidote aux prises de position du Président Mitterand à Prague après la chute du Mur de Berlin qui avaient accru encore les réticences de Havel.
Last and not least: lorsque fin 2003, le ministre des Affaires étrangères en exercice, décida sans nous en faire aviser de couper sans retour et sans délai toute aide à l'AFCA et à l'ATA - obligeant ainsi l'AFCA à cesser pratiquement toute activité - au mois pour un temps - et l'ATA à transférer en catastrophe et à grands frais son siège à Bruxelles dans des conditions qui, au-delà du désaveu brutal que cela représentait pour l'AFCA et ses dirigeants, portèrent un tort extrêmement grave à la position de la France dans l'Association Internationale du Traité Atlantique (dont nous ressentons aujourd'hui encore les conséquences négatives) Pierre-Christian Taittinger, prononça sans délai de domicilier officiellement l'AFCA à la mairie - où elle est encore, ce qui sauva la face et évité une solution de continuité qui aurait achevé l'existence même de l'AFCA.
De cela aussi, nous lui en sommes reconnaissant. Ces notes ne visent pas à faire historique mais ont pour objet d'aider à mieux connaître l'action de Pierre-Christian Taittinger en faveur de l'Association Française pour la Communauté Atlantique et à entretenir son souvenir parmi ceux qui l'ont connu. François





