Tribune Libre : Une vieille idée neuve
Un nouveau mode de pensée semble faire sa voie aux Etats Unis - démocrates ou républicains - chez les « globalistes ».
Dans ce sillage, une idée se fait jour, formulée notamment par Walter Isaacson dans TIME MAGAZINE : « Que feraient George Marshall et Dean Acheson aujourd'hui devant la situation du Moyen Orient pris dans sa grande dimension et dans une perspective de temps affranchie des angoisses immédiates ? » ( J'aimerai ajouter Raymond Aron dans ce Cercle des Sages Disparus) ; Réponse : ils prendraient exemple sur l'Alliance Atlantique et lanceraient un grand Plan politique et stratégique visant à regrouper les nations attaquées par le terrorisme autour d'un socle de valeurs communes et de buts clairs dans une « Meadeast Antiterrorism Organization (MATO) » structurant entre pays menacés par le terrorisme une communauté de buts et de moyens militaires et policiers de renseignement et de sécurité . Avec qui ? Avec les nations du Grand Moyen Orient dont les conduites, en dépit de différences de comportements ou même d'intérêts immédiats souvent importantes, ont en commun une réelle modération : et un authentique désir de paix : Egypte, Jordanie, Etats du Golfe, Arabie saoudite, Afghanistan. Turquie ? Pakistan ? Inde ? Israël ? En un premier temps, leur intérêt évident serait de se comporter en observateurs directement concernés et de constituer une sorte de « steering committee », une instance de réflexion visant à définir les voies et moyens de la suite opérationnelle. En s'écartant un peu des idées reçus et de l'actualité brûlante, il n'est pas invraisemblable de penser que cette alliance attirerait suffisamment la Palestine pour qu'elle trouve enfin intérêt à ne plus entretenir aveuglément une guerre intestine vaine et ruineuse en moyens et en vies humaines mais au contraire, dans ce cadre nouveau à obtenir d'Israël des garanties réelles dont une des contreparties serait que les deux antagonistes se retrouveraient côte à côté dans le rôle que le MATO pourrait jouer pour prendre progressivement la suite des Etats Unis qui n'en peuvent plus de se trouver seuls dans l'œuvre de Sisyphe que représente le rétablissement progressif de la raison et l'abandon du recours aux armes comme moyen exclusif de poursuivre une victoire impossible. Une manière d'évaluer ce concept est de constater qu'il devrait permettre de substituer à la tragique confusion des valeurs et des buts qui prévaut une reconnaissance de l'intérêt commun d'une lutte efficace et solidaire contre le terrorisme qui les mine et les détruits de l'intérieur. A ce stade du rêve politique, on peut donc se demander si, mutatis mutandis, ce schéma n'est pas assez proche de ce que fut la vision commune longtemps considérée par de bons esprits comme totalement irréaliste qui aboutit pourtant le 4 avril 1949 à la signature du Traite de Washington, le plus court en nombre de mots, et le plus durables des instruments diplomatiques de ce temps. François MOREAU DE BALASY





