Un nouvel axe Berlin-Moscou !
Le mois de septembre 2009 a vu plusieurs événement en relation directe avec les pays d’Europe centrale et leurs conséquences doivent être prises en considération dans l’avenir. Pendant sa présidence George Bush avait négocié l’installation d’un bouclier de la défense antimissile en Pologne appuyé sur des radars installés en République Tchèque.
Le 17 septembre, le Président Barack Obama confirma abandonner ce système pour le remplacer par un autre plus performant et mieux adapté sans préciser le lieu et quand. Il était supposé défendre les pays de l’OTAN contre une attaque des missiles iraniens. Nous pouvons comprendre les habitants d’Europe centrale , ayant connu le joug soviétique. Ils ne percevaient évidemment pas un danger iranien mais celui venant de Russie qui reste toujours prégnant, en particulier chez les Baltes. De leur côté, les Polonais ont du mal à cacher leur embarras, d’autant plus que le 17 septembre reste un sombre anniversaire pour leur pays. Les Soviétiques avaient ce jour-là franchi leur frontière en 1940 sans déclaration de guerre.
Autre hasard du calendrier, le lendemain 18 septembre, des manœuvres combinées entre russes et biélorussiens se déroulent dans l’enclave russe de Kaliningrad et en Biélorussie. Le journal polonais Wprost rapporte que « l’exercice Zapad 2009 » (Ouest 2009 en russe) a réuni plus de 12 000 militaires appuyés par des chars, hélicoptères et 40 avions. Depuis son indépendance, la Biélorussie et son président Lukashenko n’avaient jamais connu un tel déploiement de forces. Le président Medvedev étaient également présent.
Qui avait pu imaginer le scénario officiel de ce jeu de guerre intitulé « L’invasion de la Biélorussie par l’armée Lituanienne » ? Etrange a dit la ministre d la défense à Vilnius. Les unités militaires russes ont effectué des débarquements près de Kaliningrad et simulé des attaques de pipelines à la frontière polonaise. Moscou et Minsk ont déclaré que le but de l’exercice était de « garantir la stabilité stratégique » dans la région de l’Est européen ».
Le 24 septembre, une semaine après cette belle gesticulation militaire, nous apprenons que le Parlement russe, la Douma, a voté un amendement à la constitution qui légitime une invasion russe chez un voisin de l’étranger proche… Voilà qui pourra favoriser légalement de nouvelles opérations du type Géorgie été 2008 !
Simulations d’attaques aux confins des pays baltes, tentative d’invasion en Géorgie, tensions en Moldavie ! La Russie retourne-t-elle dans le jeu de la Guerre Froide grâce à une meilleure santé financière. Durant l’automne, pour la première fois, la Russie a dépassé » l’Arabie Saoudite dans le production de pétrole brut avec 10 millions de barils par jour en septembre dernier. Les prévisions sont en très forte augmentation pour le gaz avec la réalisation des gazoducs North Stream (avec l’Allemagne) et South Stream (avec EDF et l’italien ENI), les volumes annoncés vers l’Europe permettront de répondre à l’accroissement de la demande européenne dès 2015, 55 milliards de mètres cubes par an pour l’un, 63 milliards pour l’autre.
Malgré ces projets fantastiques, la Russie ne peut moderniser son économie que grâce à l’aide étrangère dans l’innovation technologique mais aussi sur le plan financier. Rappelons que la chute de 75 % à la Bourse de Moscou le 8 août 2008 a vu le départ des capitaux étrangers. Face à la crise, les banques russes ont pompé leur survie dans le fonds de stabilité de 100 milliards de dollars récoltés à l’époque où le baril tournait autour de 140 $.
Si les projets grandioses peuvent porter à l’optimisme, les points négatifs assombrissent l’économie à venir : la démographie est catastrophique accentuée par la faillite su système de santé, l’alcoolisme et la corruption. L’espérance de vie ne dépasse pas 58 ans pour les hommes. Le PIB russe se retrouve au 10e rang derrière l’Italie et le Brésil.
Les leaders Medvedev et Poutine le savent bien. Pour y faire face, ils cherchent des contrepoids nécessaires à l’équilibre du pays et la survie politique. Leurs espoirs se tournent vers l’U.E. Toutefois, ne nous leurrons pas, le pays crédible, attractif pour la Russie c’est l’Allemagne. Ils ont établi de bonnes relations et dépendent l’un de l’autre avec le croisement de flux énergétiques de l’un qui alimentent l’autre en biens de haute technologie.
Pendant des siècles, ils se sont opposés fortement en Europe centrale et orientale afin d’imposer leur influence et leur pouvoir. Avec régularité, ils ont connu chacun successivement l’échec tout en massacrant allègrement les populations baltes ou polonaises. La chute du Mur de Berlin a permis de cautériser les cicatrices du dernier conflit, le réalisme l’a emporté le jour où la Russie a entériné la réunification allemande.
Durant la commémoration de la chute du Mur, Angela Merkel avait invité les personnalités à l’origine des premiers craquements, le polonais Lech Walesa, le lituanien Vytautas Landsbergis, l’estonien Rüütel et bien sûr Mikhaïl Gorbatchev… Elle n’oublie pas que son pays est un des premiers exportateurs de biens industriels, q’il lui faut sans cesse chercher des débouchés pour la balance commerciale de la République fédérale. Dans ce but, l’Allemagne construit des partenariats stratégiques avec plusieurs pays, en particulier la Chine et la Russie. L’appétence du Kremlin pour la technologie industrielle de haut niveau se tourne essentiellement vers l’Allemagne qui est reconnue et appréciée.
En 2005, peu de temps avant de quitter le pouvoir, le chancelier Schröder avait signé un accord avec le président Poutine pour la création d’un gazoduc reliant son pays à l’Allemagne, 1 220 kms de tuyaux immergés au fond de la mer Baltique réunissant l’incontournable Gazprom avec les sociétés allemandes BASF et E.ON Ruhrgas.
Quand l’accord bilatéral a été signé, le chancelier s’était bien gardé de l’évoquer avec ses collègues européens manifestant l un souverain mépris pour les riverains de la mer Baltique et en premier lieu les trois états Baltes et la Pologne. En étant court-circuités, les quatre pays se voient privés d’indemnités de passages substantielles et ils perçoivent dans le choix du trajet des implications géopolitiques évidentes. Le très sérieux « Wall Street Journal » qualifie ce projet de « Pipeline Molotov-Ribbentrop », réminiscence tragique des heures les plus noires du Pacte russo-allemand à l’origine de la dernière guerre.
En mars 2009, la firme Siemens a remporté le juteux contrat du train à grande vitesse Velaro entre Moscou et Saint-Pétersbourg, au détriment d’Alstom. Peu après, siemens, probablement déçue de sa collaboration avec Areva, passe un accord de coopération avec l’Agence fédérale d’Energie atomique russe Rosatom. Son directeur avait annoncé auparavant un projet de construction de 40 nouveaux réacteurs dans les 15 prochaines années.
Cette évolution dans les relations de l’Europe centrale et orientale est un mauvais coup porté à l’unité de façade dans l’U.E pour son approvisionnement énergétique. Les voisins de la Russie, qu’ils soient dans l’U.E, ou en dehors, perçoivent déjà un désintérêt du bloc Euro-Atlantique pour leurs voisins de l’est européen. Il fait suite aussi au réajustement de la politique de Washington envers la Russie.
L’Allemagne fait preuve de lucidité quand elle constate les nouvelles priorités transpacifiques du président Barack Obama illustrées par son périple asiatique de neuf jours en novembre et l’absence de grand projets dans une Europe engourdie. Elle se montre réactive en réponse aux besoins de Moscou, ordonnateur incontournable de l’énergie européenne au 21è siècles.
Un nouveau Drang nach Osten se dessine.





